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Petites chroniques nîmoises : Pentecôte 2013

 

La Pentecôte est habituellement un moment difficile pour la communauté des aficionados. Il leur faut arbitrer entre des destinations géographiquement incompatibles. Ces choix se révèlent assez souvent frustrants, mais c'est la vie.

 

Ainsi dans un souci de simplicité, j'ai choisi cette année de me rendre à Nîmes avec madame. Il faut dire que de Paris, c'est assez commode : il suffit de grimper dans un TGV en partance pour le sud... et de prier le ciel pour....que  les caténaires tiennent le coup.... que les incorrigibles camarades cheminots n'aient pas une soudaine poussée de prurit syndical.....et que des animaux ne viennent pas à gambader sur les voies.

 

Quand ces trois conditions sont réunies, le train dépose en gare de Nîmes et en moins de trois heures, le parisien honni que je suis...C'est évidemment beaucoup plus simple pour lui que de galérer pendant des heures, au volant de sa puissante automobile, pour rallier le Gers profond et mystérieux! 

 

C'est dans ces conditions que notre estimé président Claude Giraud, qui avait installé, avec quelques autres,  son QG à Vic, m'a demandé, rétrospectivement, j'insiste sur ce point, de commettre quelques lignes sur Nîmes 2013 pour notre  publication, El Quite

 

Je m'exécute afin de lui être agréable, mais je dois préciser aux lecteurs de ces lignes, que je n'ai pris aucune note durant mon séjour et que par conséquent ce récit ne sera rien d'autre qu'une succession d'impressions...Pour les reseñas et autres analyses techniques, je conseille de s'en remettre aux magazines spécialisés...

 

Donc, arrivée tardive le vendredi en fin d'après midi, sous un ciel menaçant et une température bien fraîche...trop tard pour assister, avec un public clairsemé, à  une corrida de Jandilla pour Jean Baptiste, Padilla, et Fandiño, qui se révélera d'ailleurs assez insignifiante …

 

On se pointe à la buvette des arènes, à côté de l'infirmerie ou officie le camarade Jean Yves Bauchu. C'est très loin d'être la foule des grands jours ! Je retrouve Alain, mon autocariste favori, il est complètement frigorifié et s'est ennuyé ferme... 

 

Heureusement la soirée se termine mieux qu'elle n'a commencé par la grâce de Jacques Sourisseau qui nous reçoit, avec Marie Paule, dans sa bodega privée avec Jean Baptiste et ses amis...Ces moments sont toujours privilégiés...un grand merci !

 

Samedi déluge sur Nîmes...du cinquième étage de mon hôtel, j'observe les bourrasques de vent et de pluie, qui décoiffent les platanes de l'avenue Feuchères...les corridas ont été annulées.. !

 

Histoire de se remonter le moral on décide d'aller se taper la cloche au Lisita qui soit dit en passant est une très bonne table que je recommande. On est là attablés  à deviser tranquillement, quand soudain un brouhaha se produit : mais que se passe t-il donc ?? 

 

C'est Simon Casas et sa cuadrilla d'affidés qui débarquent...Ils s'installent derrière moi : c'est un avantage car je n 'ai pas l'image, mais pas de bol, je récupère le son et de ce côté notre impresario artiste  serait plutôt du genre disert, c'est rien de le dire.. !

 

A ce propos j'ai entendu des commentaires flatteurs, limites admiratifs, sur le style de son dernier bouquin : la corrida parfaite... rassurez vous, je tiens d'une source tout à fait béton, que les éditions Au Diable Vauvert ont fait appel à un nègre pour assurer la relation des souvenirs du bouillant Simon....

 

Je dis ça histoire qu' il ne nous  fasse pas encore son coup favori du genre : je vais te faire prendre des vessies pour des lanternes ! Un grand classique ! 

 

En attendant, ce samedi, les affaires doivent aller plutôt mal pour  Simon...les rues de Nîmes sont désertes et pour cause, avec ce qui tombe : et les commerçants font la tronche. 

 

Notre fin d'après midi est consacrée à regarder la finale de rugby de la H Cup entre l'ASM et Toulon. Je supporte Clermont et je perds d'un tout petit point...une bonne raison pour faire la gueule moi aussi.... !

 

Dimanche, la pluie et les nuages ont continué leur route vers le nord, le soleil brille et la foule est revenue...Arènes pleines pour la Miurada avec un mano a mano entre Antonio Ferrera et Javier Castaño.

 

Sara à côté de moi écarquille les yeux...elle ne distingue pas le grand fer de l'élevage andalou sur ces bestioles, et elle doute de la provenance..C'est vrai qu'ils ne ressemblent pas vraiment à des Miuras. Quoiqu'il en soit, la présentation générale est bonne, pour un lot de bestioles données au dessus de 600 kg (645 pour le dernier). Nobles et braves à la pique

 

Ferrera, se dépense beaucoup mais personnellement je ne suis pas fan, il va donc, comme d'habitude nous faire son numéro de banderilles dans lequel il sera surclassé par les deux compères de Castaño (avec qui il est allé se frotter) je veux parler de Adalid et Sanchez : ce dernier avance vers le toro en marchant d'un pas mécanique à la manière d'un automate : incroyable ! 

 

Assez terne à son premier toro, qui lui, est récompensé par une vuelta, Antonio passe à côté du second, blessé malencontreusement à la patte avant gauche et qu'il doit donc expédier rapidement . 

 

Reste le troisième avec lequel il en fait des tonnes, à tel point qu'il se fait prendre...un grand coup d'épée met fin à la faena pour laquelle il récolte une oreille (sans moi).

 

D'une toute autre trempe est Javier Castaño qui a confirmé ce soir, tout le bien que je pensais de lui depuis sa prestation de l'an dernier dans ces mêmes arènes avec six Miuras pour lui tout seul.

 

A son premier, nous avons droit à un quite  Al Alimon,  mais ce toro est très dangereux et ne permet pas grand chose.

 

Au second il nous offre une superbe faena de muleta mais se loupe à la mort. Par bonheur son troisième (645 kg, très noble) va  tout arranger. Tito Sandoval  nous offre tout d'abord un festival de piques, la quatrième al regaton, devant la présidence, puis Javier prend les choses en mains, citant de loin son adversaire en l'entraînant dans de longues passes langoureuses...le temps semble suspendu ! Le maestro va terminer en fanfare : une ébauche de recibir suivi d'une entière fulminante. Deux oreilles, un mouchoir bleu...Tout cela est archi mérité....

 

Alors qu'on se congratule à la buvette, voilà que Clémence, qui partage la vie de mon camarade Alain, tombe subrepticement dans les vapes...voyez vous çela ! Ni une ni deux, on la transporte à l'infirmerie qui est à cinq mètres, et Jean Yves et moi prenons les choses en mains...Position en Trendelenbourg, oxygène...Encore un miracle de la médecine, elle récupère en cinq minutes...Que d'émotions... !

 

Lundi midi, le soleil tape et nous sommes vautrés sur la terrasse de la casa Bauchu. Le voilà d'ailleurs qui arrive en compagnie de Patrick Varin qui s'est fait bigorner le genou par une vache...pas de bobo. On passe à table. Patrick raconte des souvenirs. Il est en forme, très occupé par son école taurine et la confection de ses têtes de toros qui ont l'air de bien se vendre et qu'il livre un peu partout en France. Je me fais allumer au passage pour lui avoir attribué, à tort, un horrible chromo à la manière de  Miro, accroché au bar de l'Atria, juste à côté d'une de ses têtes... ! Passons..

 

Retour aux arènes ou nous avons droit pour clôturer ce lundi de Pentecôte à un lot de Victoriano del Rio, de bon aloi, pour El Juli, Diego Silveti et son témoin d'alternative Alejandro Talavante. 

 

Tous les trois vont couper une oreille. Pour Talavante, je ne me souviens plus très bien. 

 

On craignait un peu pour Juli dont c'était le retour après sa très sérieuse cornada  del muslo, subie à Séville. Mais ce type est vraiment un extra terrestre. Il a encore une fois administré une preuve de son énorme talent....Je ne m'étends pas plus : tout a été dit et écrit sur lui. 

 

En revanche j'étais venu pour découvrir Diego Silveti, pour lequel j'avais une grande curiosité, et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Plus Mexicain que lui...tu meurs! J'ai aimé sa plastique, son élegance naturelle, son temple, son style relâché et terriblement macho avec cette manière d'aborder son adversaire par gaoneras ( apparemment ,  ce n'est pas pour rien que Jose Tomas est son parrain d'alternative !)   

 

Ce garcon est bien le digne héritier d'une glorieuse lignée de toreros, sur lesquels je me sens un peu tenu de m'étendre.

 

Diego est natif d'Irapuato paisible cité de l'état de Guanajuato, aujourd'hui capitale mondiale de la fraise. En 1915 , c'est la révolution, et la ville est le siège de furieux combats ou s'illustre  la Brigada Bracamontes, qui fait partie de la fameuse Division del Norte de  Pancho Villa ...dans laquelle  Juan Silveti Mañon, fondateur de la dynastie, sera capitaine.

 

C'est précisément non loin de là, à Celaya, deux ans auparavant  que Juan a débuté comme novillero. Cet homme est une légende à lui tout seul ,  un véritable trompe la mort qui va survivre à 32 cornadas, 4 blessures par balles et 2 coups de couteau.... Il est connu sous les surnoms de El Tigre de Guanajuato, El Resucitado (ça en dit long), El hombre del mechon, El Meco...Son courage est légendaire et sa vie incroyablement romanesque. Il est une véritable incarnation du Méxique révolutionnaire. Il se retire des ruedos en 1942, et se lance dans les combats de coqs dont il devient très vite un fin connaisseur. Il meurt en 1956 à l'âge de 63 ans. 

 

En 1929 il a un fils, Juan Silveti Reynoso (El Tigrillo) à qui il a inoculé le virus puisqu'il  prend l'alternative  le 15 janvier 1950 à Mexico et confirme l'année suivante a Las Ventas avec Antonio Bienvenida comme témoin. Il sera connu en Espagne comme le torero mexicain le plus classique apportant toujours le plus grand soin à toutes ses prestations. Ce style très authentique sera toujours sa marque.

 

Il épouse une anglaise , Doreen Barry, qui lui donnera deux fils : David ( El Rey David) (1955) et Alejandro (1956) qui, bon sang ne saurait mentir, suivront l'un et l'autre  les traces de leur père. 

 

Alejandro Silveti Barry , commence par faire des études d'architecture, puis à l'âge de 27 ans se lance dans l'arène. Il prend l'alternative à Irapuato le 21 mars 1988 avec son frère David pour  parrain et Miguel Espinosa Armillita comme témoin. Sa carrière  le conduit en Espagne notamment, ou le 14 mai 1994 il confirme son alternative à Las Ventas avec David Lugillano pour parrain et Miguel Rodriguez comme témoin. 

 

Sa carrière se termine à Morelia (Michoacan) le 15 janvier 2000 ( El Juli est au cartel) après avoir obtenu les deux oreilles et la queue d'un Corlomé, c'est son père Juan, El Tigrillo qui lui coupe la coleta.

 

David Silveti Barry ( El Rey David) son frère ainé va connaître une destinée tragique.

 

A dix neuf ans, il renonce à suivre des  études supérieures, il prefère  se mesurer aux  novillos. Il prend l'alternative à Irapuato, le 20 novembre 1977 et ce jour là se blesse au genou. Il confirme à Mexico le 7 janvier 1979 mais devant un toro de Mimiahuapan, il est à nouveau victime d'un grave traumatisme du genou gauche dont il récupère  miraculeusement...

 

Antonio Ordoñez l'encourage à venir en Espagne en 1980,  pour une tournée de neuf corridas, il s'y rend mais avoue avoir eu du mal à s'acclimater aux toros iberiques. En fait sa carrière se déroule au Mexique ou il est une figura. Pour toréer il a du se faire confectionner des orthèses... ! On dit de lui qu'il a des genoux de verre... !

 

Il lui faudra attendre le 11 octobre 1986 pour avoir l'opportunité de confirmer son alternative à Madrid devant des toros de race mexicaine, ce qui est unique dans les annales de Las Ventas. Ce jour là, il a Nimeño II pour parrain, et Tomas Campuzano comme témoin.

 

Il est en 1988 à Seville pour la San Miguel ou il fait la démonstration de ses qualités artistiques.  

 

Ses problèmes physiques ne s'arrangent pas et le forcent à mettre fin à sa carrière en 1995 après avoir livré 438 corridas, coupé 427 oreilles et 18 queues. Il part se faire soigner aux Etats Unis ou il va subir pas moins de 43 interventions dont 14 pour les seuls genoux. 

 

Au total il passera là bas, sept ans, de blocs opératoires en services de rééducation.

Il supporte toutes ces épreuves avec un grand stoïcisme.

 

Il réapparait en  fevrier 2002, pour une série de festivals . A san Miguel de Allende  il est victime d'un traumatisme crânien sérieux,  dont il garde des séquelles...Malgré le désaccord de son neurologue, il se présente le 12 janvier 2003 à la Monumental de Mexico ou sa faena enflamme le public et  lui vaut deux vueltas...en dépit d'une mise à mort brouillonne.

 

Sa dernière prestation a lieu le 22 fevrier 2003 à Caldereyta.

 

Les mois qui suivent il apparaît sombre, préoccupé assez dépressif. A une amie il confie. Si je n'arrive pas à toréer comme je veux, je me tire une balle.... 

 

Le 12 novembre 2003, il est avec son père Juan, dans le ranch familial de Salamanca.  Il lui explique ses difficultés puis demande l'autorisation de se retirer pour réfléchir....

 

Un coup de feu claque : A 48 ans, El Rey David a mis fin à sa vie. Diminué il ne supportait pas l'idée de ne plus pouvoir endosser l'habit de lumière...

 

Il laisse cinq fils dont Diego Silveti del Bosque est l'ainé.  

 

Suerte Diego... !!!

 

 

 

Paris le 14/06/13

 

A.F.C.T

 

El Quite

 

Dr Sabio