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la tauromachie au Patrimoine culturel immatériel

Président de la Peña des Volcans, le Clermontois Gérard Coquelet revient sur les choix qui ont conduit au classement de la tauromachie au Patrimoine culturel immatériel de la France.

Article publié dans le journal La Montagne du 4 Juin 2012 et rédigé par Cédric Gourin.

Enfant du Berry, c'est dans la vieille province, que le chirurgien clermontois Gérard Coquelet, président de la Peña des Volcans, a vu sa passion naître pour la tauromachie. À la faveur de Torero ! (1956), le film de Carlos Velo diffusé au ciné-club de son collège où il était en pensionnat, à Bourges.

Depuis, cet aficionado a parfait sa culture taurine en parcourant le monde entier, en découvrant les hauts lieux français et surtout espagnols, en découvrant un « art », né d'une tradition encore bien vivante.

Tout récemment, Gérard Coquelet a signé une « Lettre ouverte » adressée au Premier ministre et au ministre de la Culture pour saluer ce classement.
C'est le 22 avril dernier qu'a été annoncé ce classement. Comment l'avez-vous vécu ? Je l'ai vécu comme la reconnaissance d'un fait culturel, d'une légitimité, avec une valeur surtout morale.

À Vichy à partir de 1892 et jusqu'en 1991

Quand on dit tauromachie, on pense d'abord à l'Espagne, pas forcément à la France Au XIIIe siècle, on trouve déjà trace, en France, dans le Sud-Ouest, de jeux taurins qui existaient à l'occasion du transport de bétail vers les abattoirs.

Plus tard, au XVIIIe siècle, un prince de France entre en jeu. Pour fêter l'accession au trône d'Espagne de Philippe d'Anjou, en 1700, une corrida est donnée. Il n'a pas apprécié.

À partir de là, les nobles vont arrêter la corrida à cheval et va naître la corrida à pied.

En 1808, toujours en Espagne, Joseph Bonaparte va relancer la pratique et l'organiser telle que nous la connaissons. Et puis, l'année 1853, à la faveur du mariage de Napoléon III avec Eugénie de Montijo, correspond à l'officialisation de l'arrivée de la tauromachie en France. Les Français ont beaucoup contribué dans la tauromachie.

Il y aura des corridas dans toute la France ? Oui, aussi bien dans le Sud que dans le Nord. Il y en a eu, par exemple, à Roubaix. Souvent dans des villes aux populations d'immigrés espagnols, demandeurs de ce spectacle.

En Auvergne, il y aura Vichy Dès 1892, et jusqu'en 1991. Il y a eu l'époque de la colonisation, avec des pieds-noirs amateurs de tauromachie qui venaient faire leur cure à Vichy. Le premier organisateur a été Félix Robert.

Comment en est-on arrivé à ce classement ? Il a été établi après le très long travail d'une commission d'experts, d'anthropologues, d'ethnologues

Ce classement impose que la tauromachie entre dans cinq domaines : être un art du spectacle vivant, être un événement festif et rituel, être relié à l'artisanat traditionnel, que la connaissance soit en relation avec la nature et l'univers et qu'il y ait une tradition et une expression orale. Ces cinq points ont été fondateurs dans la détermination du classement.

Quelle est la réalité de la tauromachie en France ? C'est d'abord une cinquantaine d'élevages de taureaux, essentiellement en Camargue, en Gascogne et dans les Landes. C'est un ensemble de métiers, de l'artisanat et toutes les ferias.

Justement, où trouve-t-on les grandes corridas en France ? La première, de par sa capacité d'accueil, c'est Nîmes. Il y a aussi Arles, Dax, Mont-de-Marsan, Bayonne, Vic-Fezensac (Gers) ou encore Ceret (Pyrénées-Orientales).

A ceux qui souhaitent s'initier à la tauromachie, où leur conseilleriez-vous d'aller ? Pour faire simple, A Ceret et à Vic-Fezensac, c'est la tauromachie pour aficionados 'toristas'. C'est là où sont les taureaux les plus puissants. C'est la tauromachie de combat. Dans les autres lieux, c'est une tauromachie pour toreristas, là où l'on voit les vedettes, les grands toréadors.

« Les Français ont beaucoup contribué dans la tauromachie »

Comprenez-vous que certains soient opposés à la tauromachie, que les plus extrémistes réclament même son abolition ? Qu'ils ne partagent pas cette passion et qu'elle provoque chez eux de la répulsion, je le comprends parfaitement et je le respecte. Mais que certains souhaitent son abolition On n'a jamais obligé quelqu'un à aller à la corrida. Que ceux-là respectent la passion des autres.

Le taureau est né pour tuer et pour être tué. Qu'est-ce qui est le plus dégueulasse - pardonnez-moi l'expression ? De tuer un taureau sous un soleil éclatant et une chaleur torride ou de le tuer dans l'ombre et l'humidité d'un cachot ? Mieux vaut terminer en taureau de combat qu'à l'abattoir ! non ?